Stabilisateur gyroscopique 3 axes
Modélisation, simulation et prototype asservi de réduction du roulis
Tech Fox a conçu et livré un stabilisateur gyroscopique actif destiné à réduire le roulis des embarcations à taille humaine (bateaux d'encadrement de régates, sécurité, prise de vue). Un volant d'inertie en rotation rapide, monté sur un cardan asservi, génère un couple de précession opposé à celui des vagues. Le travail couvre toute la chaîne : modélisation mécanique multi-corps, mise en équation, résolution numérique, analyse de données météo-océaniques réelles, conception CAO, impression 3D, électronique embarquée et campagne d'essais. Résultat prouvé : jusqu'à 99 % de réduction du roulis en simulation et 1,8 s de stabilisation mesurée sur prototype.
Contexte & problème résolu

Les jeux et sports nautiques imposent de déployer une flotte d'embarcations, au mouillage ou en mouvement, pour la sécurité, le coaching, la médiatisation et l'arbitrage ; près de 400 unités simultanément pour des épreuves de voile olympiques. Ballottées par une houle de compétition d'environ 1,4 m, elles posent deux problèmes concrets : le mal de mer (naupathie), qui peut affecter tous les embarqués, et la dégradation des mesures, observations et prises de vue (caméras, jumelles, instruments instables).
Les solutions classiques (ailerons, déplacement de masses, ballasts) sont dimensionnées pour de gros navires et exigent souvent d'être en mouvement ou orienté d'une certaine façon. Le stabilisateur gyroscopique répond précisément à ce créneau : compact (de l'ordre du demi-mètre), il stabilise des embarcations de 7 à 33 m, même à l'arrêt et quelle que soit l'orientation aux vagues. Les leaders annoncent 70 à 95 % d'élimination du roulis ; chiffres que Tech Fox a cherché à vérifier expérimentalement.
Principe physique & architecture asservie

Le système est modélisé comme un ensemble multi-corps à plusieurs degrés de liberté : la mer (référentiel galiléen), le bateau assimilé à un culbuto auto-redressant (liaison de roulis), un cardan asservi par servomoteur (axe de précession) et un volant d'inertie entraîné par un moteur à courant continu via un ESC. Un volant tournant vite possède un moment cinétique élevé ; le couple des vagues fait varier ce moment et provoque une précession. En asservissant l'inclinaison du cardan, on oriente la réaction gyroscopique à l'opposé de la perturbation, ce qui ramène le bateau vers l'équilibre.
La boucle temps réel : la centrale inertielle BNO055 (fusion 9 axes en interne, communication I2C) mesure l'orientation ; l'Arduino applique une loi de rétroaction proportionnelle qui commande le servo du cardan vers un angle opposé au roulis mesuré ; le volant maintient sa vitesse via l'ESC ; l'angle de roulis est émis en continu vers le Serial Plotter pour enregistrement.
Mise en équation (fondements publics)

En isolant l'ensemble {bateau + cardan + volant} et en projetant le théorème du moment dynamique sur l'axe de roulis, on obtient une équation différentielle du second ordre forcée et amortie du type (B1 + m1·d1²)·θ'' − B3·φ'·Δ·θ' + (Ar − m1·g·d1)·θ = C_vagues·sin(ω_mer·t). Lecture clé : le terme gyroscopique, proportionnel à la vitesse de roulis, agit comme un amortissement ; exactement à la manière d'un amortisseur à masse accordée (TMD). Volant à l'arrêt, ce terme disparaît et le roulis oscille sans être atténué ; volant lancé, l'amortissement gyroscopique domine et ramène rapidement θ vers zéro.
Le modèle a été résolu numériquement de deux façons croisées : sous MATLAB (ode45, Runge-Kutta adaptatif 4/5) et sous Python (odeint, solve_ivp, plus un schéma d'Euler explicite codé à la main sur la forme non linéaire), avec étude de convergence par balayage de vitesses de volant. Le couple d'excitation des vagues a été affiné en trois itérations successives, jusqu'à une modélisation par variation périodique de la surface immergée.
Données réelles, prototype & essais

Pour caler la fréquence d'excitation sur le réel, Tech Fox a exploité environ deux ans d'archives de prévisions météo-océaniques GFS (maille 13 km, région Marseille) : parsing, filtrage sur la bande de vent de régate 15-24 nœuds, calcul de la moyenne et de l'écart-type des périodes, et histogramme de dispersion. Résultat injecté dans les simulations : une période de houle moyenne d'environ 5,72 s, resserrée autour de la moyenne ; ce qui justifie l'hypothèse d'un forçage harmonique.
Deux prototypes ont été fabriqués : un premier de calibration en bois (pour régler la boucle d'asservissement, choisir les moteurs, évaluer les risques), puis un prototype d'analyse imprimé en 3D (CAO Fusion 360 / FreeCAD, tranchage Cura). Le banc d'essai associe une alimentation de laboratoire, la BNO055 sur le bateau et l'acquisition de l'angle de roulis via le Serial Plotter.
- Simulation : roulis persistant sans stabilisation ; jusqu'à 99 % de réduction des oscillations avec volant lancé (échelle réelle), déjà −77,9 % à vitesse modérée.
- Essais : temps de stabilisation mesuré d'environ 1,8 s contre ~2 s simulés ; excellent accord théorie/mesure jusqu'au prototype réel.
- Preuve du mécanisme : inverser le sens de rotation du volant inverse la réponse du système ; signature confirmant que l'effet est bien gyroscopique (précession) et non un simple frottement.
Difficultés & compétences

Principale difficulté : les vibrations d'un volant tournant vite parasitent la centrale inertielle (les études de référence plafonnaient d'ailleurs à ~50 % de réduction). Réponse : volant plastique perforé et équilibré, découplage mécanique et exploitation de la fusion de données interne de la BNO055. S'y ajoutent le choix des actionneurs (moteur haute vitesse pour le volant, servo à couple suffisant pour le cardan), la sécurité d'un volant lourd à grande vitesse, et la calibration fine du capteur.
Le projet démontre une palette rare, de la théorie à l'expérience : mécanique des solides multi-corps (effet gyroscopique, précession, TMD, stabilité hydrostatique), modélisation et résolution d'équations différentielles, programmation scientifique (MATLAB, Python), conception et fabrication (CAO, impression 3D), électronique embarquée et systèmes asservis, ingénierie de la donnée (deux ans de prévisions GFS) et méthode expérimentale rigoureuse (protocole A/B, expérience de contrôle, confrontation théorie/mesure).
Galerie du projet
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